ABDOU GUITE SECK « Les femmes constituent une partie importante de ma vie»


Il est taxé d’être trop raffiné. Mais pour Abdou Guité Seck, c’est juste de l’application par rapport à son travail. L’enfant de Saint-Louis qui s’est lancé dans la musique en 1995 est aujourd’hui à son neuvième album intitulé Jëlël. Abdou Guité Seck donne tout à la femme, «sa source d’inspiration». Et, en bon gentleman, l’enfant de Ndar ne trouve pas de mal à se faire draguer par les filles. Marié début depuis longtemps et père, Abdou Guité implique le social dans sa musique.

Walf Grand-Place : Quand avez-vous débuté la musique ?

Abdou Guité Seck :J’ai débuté avec l’orchestre régional de Saint-Louis et au-delà de l’orchestre, j’ai été avec le groupe Wock en 1995. Et en début 2000-2002, je suis revenu au Sénégal pour entamer ma carrière solo et depuis je compte neuf albums dans ma carrière musicale.

Pourquoi avez-vous quitté le groupe Wock pour faire une carrière solo ?

J’ai quitté le groupe Wock parce que nous avions un contrat avec une maison de disque du nom de Bmg et que cette dernière a été rachetée par Sony qui, à son arrivée, a privilégié son catalogue. Mieux, cela a coïncidé avec le moment où notre contrat s’achevait avec Bmg. Donc, comme je vivais de musique, je n’ai pas voulu attendre. Je suis revenu au bercail pour apporter ma contribution dans le paysage musical sénégalais.

Alors, pourquoi êtes-vous souvent absent sur cette même scène musicale ?

Je ne suis pas absent de la scène musicale. J’y suis depuis toujours et peut-être absent au Sénégal lors des concerts ou soirées. Mais je pense que durant cette période, on n’a parcouru pas mal d’endroits dans le pays, car le Sénégal ce n’est pas juste Dakar. Aussi avons-nous parcouru l’internationale dans le cadre d’un grand projet que j’étais en train de mettre sur pied avec Dominique Joncker qui est chef d’orchestre et professeur. Ce projet était un album composé de douze titres. Donc, il nous a pris un temps fou de concentration. Il fallait beaucoup d’abnégation et de volonté pour le réaliser. L’album a été enregistré à Paris par Philippe Brun qui est une grosse pointure de la sonorisation. C’est un album qui demande du temps pour le faire. Entre-temps, je venais donner quelque prestation dont l’objectif n’était pas de rester dans un endroit fixe. C’est ce manque de fréquence sur la scène locale que les gens soulignent, mais je suis dans la musique et j’y reste. La preuve, aujourd’hui je suis venu présenter l’album Jëlël. Et c’est une nouvelle ère qui commence.

Vous tardez à décoller. Pourquoi ?

C’est le souhait des Sénégalais de me voir décoller, ils veulent que les choses aillent plus vite, mais moi je me contente de mon niveau de carrière. Abdou Guité est un jeune et sa maison de production. Il nous faudra plus de temps et aujourd’hui on ne peut pas nous mesurer à des structures qui étaient là avant notre naissance. Ce n’est pas des concurrents pour nous. Aujourd’hui, tout vient de notre propre poche. Si j’avais une grande maison de production derrière moi, il est sûr que j’allais survoler ce numéro. Mais nous ne voulons pas aller trop vite en besogne. Raison pour laquelle, nous prenons le temps qu’il faut pour présenter des produits de qualité en termes d’album et en termes de prestation.

Pourquoi le titre Jëlël ?

Jëlël veut dire «prend». Alors, si on propose à prendre et que les gens prennent c’est quelque chose de forcément positif. Le titre de l’album fait ressortir le morceau Njëlël sa njël qui rend hommage aux femmes et qui fait appel aux hommes à plus de considération à l’endroit de nos femmes de valeur pour leur participation sociale.

Dans Jëlël, vous avez dédié un morceau à Cheikh Amar. Qu’est-ce qui motive cela ?

Cheikh Amar c’est quelqu’un que je n’ai jamais rencontré ni vu d’ailleurs. Et s’il arrive que je le croise dans la rue, je ne pourrais pas le reconnaître. Je le vois à travers des actions qui me vont droit au cœur. Il joue un grand rôle dans le social. Et je trouve que c’est un acteur du développement. J’ai de l’estime pour lui et je n’ai fait que prêter ma voix à son égard en lui dédiant une chanson.

Œuvrez-vous dans le social ?

Le social est un autre domaine où j’apporte ma contribution. J’ai reçu des dons qui me viennent de Chartre. Et au-delà de mon album, nous allons faire une tournée au niveau des pouponnières, les endroits où les enfants ont besoin de soutien et de support. J’œuvre aussi dans la communication des besoins de Ashir qui est une association des hémodialysés et des insuffisances rénales. Je suis ambassadeur de cette association et aujourd’hui je porte la voix des malades rénaux.

On a tendance à dire que vous êtes trop raffiné, du genre «gazeur» (bari titër). Qu’en est-il ?

Je ne me fie pas à la rumeur, mais je ne répondrais que si une personne se pointe et me taxe d’être trop raffiné ou bari titër. Là il y aura du sens. J’essaie tout simplement de m’appliquer par rapport à notre travail, à notre comportement et à l’image que nous donnons. Si le fait de faire bien les choses signifie que je suis trop raffiné ou que dama bari titër dans ce cas oui.

Etes-vous marié ?

Je suis marié depuis belle lurette, mais c’est juste un point que je ne veux pas partager avec le grand public. Et d’ailleurs, ma femme souhaite rester en dehors de ma vie professionnelle et je la respecte.

Quelles sont vos relations avec les autres filles ?

J’ai de bonnes relations avec les autres filles. Pas plus tard qu’hier, je suis allé dîner avec une amie et il n’y a pas de gêne ou de sous-entendu. Et ma femme savait où j’allais. Cette amie est quelqu’un que j’adore et que j’aime du fond du cœur. Donc, il n’y a rien de malsain. Ma relation avec les autres filles relève de l’amour. L’amour a maintenant le visage qu’on veut lui donner. Les femmes sont une partie très importante dans ma vie. Je les respecte, les conserve et continue d’être en parfaite harmonie avec elles.

Envisagez-vous de prendre une seconde épouse ?

Je n’ai jamais vécu la situation de polygamie. Mon père n’a jamais été polygame ni mes frères. Donc, je ne connais pas la polygamie. Je ne sais pas si un jour je prendrai une seconde épouse, mais ce qui est sûr c’est que j’aime ma femme. Je suis dans l’équilibre avec elle et je ne ressens pas encore le besoin d’aller chercher une autre femme.

«Quand une fille me drague, ça me met en valeur»

Vous arrive-t-il qu’une fille vous drague ?

C’est quelque chose que tout être humain apprécierait. Et la situation se compte en nombre, mais cela ne me déplait pas. Car, quand une fille me drague, ça me met en valeur. Même si la réponse n’est pas positive, cela met en valeur. J’ai dix mille fois été confronté à des situations ou des filles me draguent. C’est quelque chose de naturel et je ne vois pas de mal à ça.

Votre femme est-elle une toubab ?

Certes, dans le clip Sama Dom l’enfant qui y figure est mon enfant. Il est de teint clair, mais il ne provient pas d’une toubab. Et je confirme que c’est mon fils.

Comment Abdou Guité fait-il pour gérer son image d’artiste ?

Nous essayons d’être correct, d’être ouvert à tout le monde et de plaire à travers notre communication. Bien qu’on ne puisse pas plaire à tout le monde ; et nous ne cherchons pas non plus de plaire à toute l’humanité.

Quelles sont vos relations avec les autres artistes ?

Il n’y a aucun artiste que je regarde de travers ou qui me regarderait de travers. A chaque fois qu’on se rencontre, c’est la paix. Bien que je ne fréquente pas le plus grand nombre. Et lorsqu’on se voit, on ne peut pas détecter de faille tellement il y a la paix entre nous. Il n’y a pas de problème entre nous. Nous partageons un milieu dans lequel chacun emprunte son chemin pour plaire.

«Je ne me focalise pas sur les muslay»

Croyez-vous au maraboutage qu’on cite souvent dans le milieu des artistes ?

On est en Afrique et je ne dis pas non. Mais j’ai foi à la force divine. Nous avons nos réalités, mais on ne doit pas se focaliser sur ces choses-là. Le maraboutage ne sert à rien du moment qu’on a la bénédiction parentale. Il faut être propre dans le cœur et dans l’esprit. On n’a pas besoin de faire tous les coins du monde pour chercher des marabouts. Et, d’ailleurs, à quoi cela sert-il ? Tout est éphémère dans ce monde. On ne peut pas avoir des gris-gris jusqu’à ne pas disparaître un jour.

Vous arrive-t-il de rencontrer des difficultés et de recourir aux marabouts ?

Dès fois, on peut être affronté à des difficultés au point qu’on est obligé d’aller demander des muslay et autres. C’est la vie. C’est quelque chose de naturel, mais je ne me focalise pas sur ça. Il m’arrive souvent de chercher des muslay auprès de mon père et des prières chez ma mère. J’ai eu pas mal de versets et de bénédictions contre le mauvais sort. Il y a aussi des religieux auprès desquels je tends la main parfois. Muni de cela, je n’ai peur de rien.

«Le roi du Mbalax, c’est de l’animation»

Le «poste» de roi du mbalax est vacant. En rêvez-vous ?

Je travaille nuit et jour, mais ce n’est pas pour occuper toute la place de la scène musicale. Je le fais pour jouer ma partition dans la culture sénégalaise et pour défendre la musique sénégalaise dans la scène mondiale. Je travaille tous les jours pour que mes produits soient de bonne qualité et pour donner aux Sénégalais ce qu’ils attendent d’Abdou Guité. Maintenant, le titre de roi du mbalax, c’est de l’animation. Et cette animation fera partie de notre carrière et il ne s’agit pas de concurrence ni de concours.